18 juillet 2008
A suivre ici: l'analyse du pertinent Grand cadavre à la renverse de BHL
03 juillet 2008
Article 180 du Code civil
Lettre ouverte
à Monsieur Nicolas SARKOZY
Président de la République
Suite au Manifeste des menteuses lancé le 2 juin par le Festival du Livre de Mouans-Sartoux, et aux 3632 signatures actuelles, de femmes et d’hommes de progrès, attaché-e-s aux valeurs de liberté, d'égalité, de laïcité, de mixité... nous demandons au Président de la République de soumettre à un comité de réflexion mixte la modification de l’article 180 du Code civil.
Aujourd'hui, un grand nombre de femmes, en France, ne se sentent plus protégées par la Justice. Deux principes de notre République : liberté et égalité, sont bafoués. La laïcité, valeur partagée par l'ensemble des républicains, est désavouée. Par un jugement de notre Justice.
Le jugement du tribunal de Lille, pour avoir voulu concilier les deux parties, ouvre une brèche dans les fondements légaux du mariage, basés sur le Droit et sur l'égalité des époux et des sexes. Et sur le respect de la vie intime des individus.
L'annulation de ce mariage se réfère à l'article 180 du code civil, que le conjoint a invoqué : " S'il y a eu erreur sur la personne ou sur les qualités essentielles de la personne, l'autre époux peut demander la nullité du mariage ".
La virginité est ainsi devenue, par erreur ou par négligence des juges, une qualité essentielle pour la mariée. LA mariée.
Ce jugement gomme d'un seul coup l'égalité des sexes, il gomme la liberté des femmes à disposer d'elles-mêmes.
Cette annulation ne doit pas faire jurisprudence.
La Justice, le Droit, la République, ne peuvent cautionner une décision aussi régressive et humiliante pour les femmes. Une décision qui ouvre la porte d'une Justice à la carte, variant selon les moeurs, traditions ou croyances de chacun.
Ne perdons pas de vue l'essentiel : s'il y a une faille ou une insuffisance dans la loi, il faut modifier la loi.
Nous vous demandons, Monsieur le Président, de soumettre à un comité mixte de juristes la modification de l'article 180 du code civil, afin que le traitement de telles affaires respecte le Droit républicain français fondé sur la laïcité et l'égalité des sexes. Ni plus, ni moins.
Marie-Louise GOURDON
Conseillère générale des Alpes-Maritimes
Maire-adjointe à la culture
Commissaire du Festival du livre de Mouans-Sartoux
Signez et faites signer le Manifeste des Menteuses
sur www.lefestivaldulivre.fr
02 juin 2008
Débat: quand Luc de Goustine réfléchissait sur Mai 68 ... en 1981
Chers amis,
Insatisfait des commentaires courants sur les "évènements" de 68, j'ai eu la curiosité de repêcher le compte-rendu fait en 81 (13 ans après!) de ce qui s'était dit et écrit entre nous à Censier (à "Nous sommes en marche").
Si le fond de l'affaire vous intéresse, ce texte peut ranimer des souvenirs - et rafraichir les idées !
A vrai dire, la situation actuelle se ressent directement du refus obstiné de cette société d'examiner les questions soulevées voilà 50 ans, voire de sa décision récente d'en prendre radicalement le contre-pied. M. Sarkozy, qui donne dans tous les panneaux à la fois, n'avait pas tort de piquer à Edgar Morin l'idée de "politique de civilisation" - sauf qu'il ne fera rien, de cela comme du reste. Mais le plat sera resservi avec une insistance plus sévère : faute de l'avoir comprise, choisie et aimée, il faudra subir la révolution dans un grand désordre.
A propos, un article très stimulant sur le sujet est paru dans le Nouvel économiste du 8 au 14 mai sous la plume de Philippe Arondel.
Bien amicalement,
LG
Réflexion sur les traces de Mai 68
Une fois de plus, il nous faut arracher tous les masques,
faire parler tous les silences faire hurler les chuchotements ;
éventer les secrets de Polichinelle derrière lesquels
se cache la face hideuse du Roi Pourri
N.S.E.M.
Avouons-le : nous n'avons pas digéré Mai 68. Ni ceux qui se souviennent avoir participé aux « événements », ni ceux que paralysait la peur et qui les ont subis, ni ceux qui, voilà treize ans[1], n'étaient pas encore d’âge et pour qui cette référence, aujourd'hui, est entrée dans une mythologie brumeuse et ambiguë, alors qu'elle domine, comme un signe aperçu, toute velléité d'engagement et de lutte.
Ce signe, nous voudrions pour notre usage à tous projeter sur lui quelques lueurs afin qu'apparaisse plus utilement ce que Charles de Gaulle appela dès l'abord son « exemplarité ». Et qu'importe si ce ne fut prononcé qu'après la manifestation loyaliste des Champs-Élysées... Je veux croire qu'il s'appliquait bien en deçà et au delà à l'ensemble des événements. Oui, si en ces jours et « une fois de plus, la France avait été exemplaire », cela ne pouvait se révéler qu'à lui, à l'altitude où l'histoire l'avait placé, et simultanément, quoique d'une manière instinctive et quasi sensuelle, à ce petit peuple d'étudiants et d'ouvriers, d'employés et de cadres en rupture de ban, d'enfants et de badauds, qui sentirent entre eux pendant quelques semaines circuler une sève nouvelle et ignorée, s'annoncer une saison que le calendrier n'avait jamais prévue.
A lui donc, que ce bouillonnement populaire n'avait pas distinctement menacé mais qui en redoutait les effets politiques imminents, et d'autre part à ceux qu'il traitait injurieusement de « chienlit » et qu'il parvint à faire disperser. A ces deux instances seulement était ouverte la perspective. Elles ont toutes deux disparu.
Restent nos souvenirs, et des textes. Une montagne de textes soigneusement collectionnés et compilés dès juin par les archéologues du présent que sont nos sociologues car il y avait là, croyaient les éditeurs, un « nouveau marché » exploitable; et puis, quelques rares brochures publiées quasiment dans le feu de l'action et qui furent lues effectivement ailleurs qu'en bibliothèque, jouant un rôle actif dans ces interminables discussions de rue et d'amphi, de métro et d'atelier qui furent les « manifestations » les plus caractéristiques de ce printemps. Parmi eux, « Nous sommes en marche », œuvre au départ du Comité d'Action Censier qui siégeait en permanence au premier étage de la Faculté, puis se transféra ailleurs, d'appartements en appartements, et survécut encore un an avant de se laisser dissoudre lentement, clandestinement.
Que la blessure de la pensée demeure
J'y étais plusieurs fois. Cent cinquante à deux cents participants, rompant absolument avec le style vulgaire de dynamique de groupe qui triomphait encore dans les amphithéâtres de la Sorbonne, sans micro ni tribune, ni effets de langages qui substituent la rhétorique à l'acte, unissaient discrètement leurs énergies pour une réflexion critique, une avancée de l'esprit qui fût synchrone avec la chevauchée des événements, non pas dans la prétention de les guider ou dominer, mais dans la conviction que la pensée révolutionnaire est inséparable de l'action, qu'elle est un mode d'action, et qu'elle fait parti du même mouvement de reconquête de la réalité. Tantôt, l'assemblée était générale et les tables disposées en cercle dans la grande salle, tantôt, on se regroupait par dix ou douze autour du même thème : économie, culture, pouvoir, sexualité, révolution, travail... La forme, on le verra, est lapidaire : rassembler une pensée en lui donnant la densité d'un pavé, afin que s'il vient à frapper, sa blessure demeure. Accepter cependant que la diversité des interventions et des apports multiplie les points de vue, car l'idéologie révolutionnaire « refuse d'être un dogme », « n'est pas un humanisme » préconçu, « n'est pas totalitaire » quoiqu'elle soit « résolument unitaire et totalisante ». D'où ces suites d'articles et de postulats, de thèses, de variations, de résolutions et de propositions parfois contradictoires dont l'ensemble n'est là que pour donner l'idée d'une avancée critique, d'une progression possible de l'imaginaire et de la volonté, frayer des routes sans pour autant les décréter obligatoires, mais en offrir le parcours à l'élan de l'esprit et de l'acte conjoints. « Nous sommes en marches », disent-ils, et ce titre leur reste alors même que la matière de leur réflexion a pu, sur certains points, se périmer. C'est dans ce mouvement que nous avons à nous joindre à eux pour les lire.
AMNISTIE DES YEUX CREVÉS
II est important de bien cerner le point de départ, et de la constitution du groupe, et de sa prise de conscience. Constitué en grande majorité d'étudiants, il se réunit « dès le lendemain des premières barricades de mai » qui culmineront comme on sait dans la nuit du 10 au 11 par la bataille rangée de la rue Gay-Lussac. « Il n'est ni un nouveau « parti », ou « groupuscule » (C'est ainsi que la presse nommait le Mouvement du 22 mars, par exemple), ni un « groupe d'études ». Il s'est fixé pour but premier la rédaction d'un manifeste. » (p. l)
Or ce manifeste, dont le titre évoque le risque d'une amnistie venant récompenser l'abandon consenti de la prise de conscience, paraît dans la journée du 13 mai, c'est-à-dire au tournant décisif des événements, à l'heure où le soulèvement s'étant définitivement étendu au monde ouvrier, les organisations politico-professionnelles - qui avaient docilement réagi en « partis de l'ordre » - sont obligées de remobiliser à leur profit. Et, pour allumer un contre-feu à la contestation qui les vise tout autant que « les adversaires de classe » conventionnels, il leur faut récupérer l'élan et le canaliser vers les revendications quantitatives du catalogue. Avec vivacité, NSEM riposte, et c'est le point de départ de tout son travail ultérieur :
Étudiants travailleurs,
Pendant plus d'une semaine, nous avons manifesté en masse, et, quand ce fut nécessaire, déterminés, nous nous sommes battus. Nous avons cru, alors, que notre situation pouvait changer.
Aujourd'hui, l'ensemble des travailleurs a profité de notre mouvement exemplaire pour demander satisfaction d'anciennes revendications corporatives et salariales. Elles sont nécessaires, mais non suffisantes. Trop, ou pas assez. Trop, parce que impossibles à réaliser dans l'état actuel des structures qu 'elles contestent implicitement. Pas assez, parce qu 'elles s'adressent à un pouvoir qu 'elles ont aboli de fait et à qui l'on demande quand même des « réformes... » (p. 3)
La triple rupture
On voit qu'étaient d'emblée posée les questions finales qui allaient séparer les militants de Mai des politiciens de tous bords et motiver dès lors l'étouffement concerté de leur mouvement. La lutte décisive se livrerait tout autant contre les conservateurs de l'actuelle société que contre ceux pour qui la révolution consistait avant tout à faire changer de mains le pouvoir, et non pas avant tout à le faire changer de nature. La vanité des revendications est donc dénoncée à plusieurs titres :
- parce qu'elle détourne de sa finalité la lutte déjà fermement engagée par d'autres, étudiants travailleurs « marginaux » du système (c'était là contester le rôle moteur de la classe ouvrière dans la définition marxiste alors en usage).
- parce que leur satisfaction est par principe impossible sinon temporairement et dans l'attente d'une prochaine escalade (c'était mettre le doigt sur la complicité objective des syndicats avec la politique libérale, dont la démonstration spectaculaire sera faite à Grenelle, à peine quinze jours plus tard).
- enfin et surtout, parce que l'acte de revendiquer enferme son auteur dans une dépendance consentie à l'égard du pouvoir, alors que le fait nouveau de Mai est le constat d'abolition de ce pouvoir au profit de l'autonomie légitime des groupes et des personnes. Cette pensée de l'autonomie, que l'on verra plus tard rendue dérisoire ou odieuse par la violence aveugle mais qui semble survivre intacte dans certains mouvements marginaux, est sans doute Taxe central de la démarche des révolutionnaires de 68. On y reviendra.
Etudiants-travailleurs
Mais d'où parlent ces gens ? Qu'est-ce qui les autorise à embrasser d'un coup le champ total du politique ? Ne sont-ils pas d'avance disqualifiés dans le langage commun par leur statut de citoyens mineurs (moins de 21 ans à l'époque - et la loi n'y changerait pas grand-chose aujourd'hui), de privilégiés de la fortune ou du savoir, enfin de non-travailleurs, futurs cadres de la bourgeoisie. Tout avait déjà été dit à ce sujet. C'est pourquoi ils commencent leur examen critique par eux-mêmes, étudiants-travailleurs : la notion d'étudiant, en tant que pseudo classe « avec ses problèmes d'intégration économiques et sociaux » est périmée (p. 4, th. 1 et 2). « Nous sommes dorénavant des travailleurs comme les autres. Nous sommes un capital immédiat et futur pour la société, et non plus seulement une promesse de relève pour la classe dirigeante. » (th.4) « Étudiants, cessons d'être des parasites provisoires futurs exploiteurs et consommateurs privilégiés. Soyons dès maintenant des producteurs véritables de biens et de culture, de services et de savoirs. » (th 5)
Cette prétention à être des travailleurs comme les autres ne leur fait pas oublier la spécificité de leur état d'étudiants, au contraire : « Nous sommes des privilégiés, non économiquement, mais parce que nous seuls avons le temps et la possibilité physique et matérielle de prendre conscience de notre état et de celui de la société. » (th. 1) Or, il s'agit, reconnaissant la valeur de ce privilège, non pas de l'abroger, mais de le mettre au service de tous : « Supprimons-nous : devenons des travailleurs pour que tous les travailleurs deviennent des privilégiés, des ayant droits au choix de leur propre destin. » (th. 3)
Passer outre le barrage dialectique
Le sens donné ici au mot privilège l'extirpe d'un seul coup de l'ornière creusée une nuit du 4 Août. Est dit privilégié, non pas celui que des conditions matérielles acquises avantageraient, mais celui qui en tire le pouvoir d'exercer sa liberté. Ce privilège n'est pas honteux : « Étudiants, il faut être lucides et ne pas accepter d'être récupérés, assimilés et compris avec nos petits problèmes de « mineurs, de privilégiés, de mauvaise conscience de non-prolétaires. » (p. 3) II n'a pas à être aboli en tant que tel, parce qu'il implique, outre les droits, un devoir impérieux, celui du service commun; il importe donc d'en arracher le monopole à ceux qui le détiennent, intellectuels et cadres, en tant que classe - fût-elle à l'avant-garde du combat - et d'abolir le front qui les oppose en fait à une catégorie plus vaste dont ils font partie : les travailleurs.
Toute l'ardeur des gens de Censier ira donc d'abord à démanteler les oppositions de concepts qui figent les antagonismes sociaux, y compris et surtout celles qui servent de base à une praxis d'émancipation en définitive conservatrice, le révolutionnisme : €\a notion de conflit de générations doit disparaître du monde; elle n'est qu'un maquillage de la lutte pour le pouvoir. » (p. 32 & 33, § 17 & 35). De même sont en réalité une lutte pour le pouvoir la lutte des classes et la rivalité des sexes. La pire aliénation n'est pas d'être impliqué dans ces luttes, mais d'être condamné à en ignorer le sens. Car ce qui aliène essentiellement, ce n'est pas l'esclavage brutal du prolétaire sans prise sur les moyens de production-consommation, ni celle, complémentaire, du bourgeois qui s'en croit propriétaire, c'est avant tout le refus ou l'incapacité imposée d'une prise de conscience concernant ces aliénations. Le lieu de la révolution est donc remonté d'un cran dans les êtres mêmes, là où réside te droit qu'ils ont au choix de leur propre destin. C'est à partir de là qu'ils peuvent se mettre en marche.
Contestation
C'est à chaque pas, le premier mouvement nécessaire. Contester. Ce mot a été si frileusement reçu, interprété, puis quasiment banni du langage, que l'on s'étonnera d'en trouver ici cette définition : « Prendre dans ce qui existe tout ce qui est bon et quia été défiguré. » (p. 31, § 35) C'est un passage au crible. Mais, à rebours de l'accusation sécurisante (Vous voulez tout démolir, mais que mettez-vous à la place ?), l'homme de Mai ne néglige en rien ce qui existe au profit d'on ne sait quel rêve, au contraire, il présuppose la valeur des choses et leur « bonté », et sa critique consiste à les dépouiller de leur non-sens, à les délivrer de leur grimace; contrairement à son professeur progressiste, il ne rejette pas à « la fin de l'histoire » l'exaltante trouvaille du paradigme perdu; il affirme que l'ébranlement de l'esprit peut en faire ici même surgir la figure, et que cette figure est bonne.
A condition toutefois de ne pas réduire la contestation à l'exercice intellectuel aisé qui se tiendrait à bonne distance de son objet et ne miserait rien dans l'entreprise : « Toute critique est une autocritique qui s'ignore, et toute condamnation, un aveu. » (p. 63, § 30) Le crible politique se moque, s'il prétend fonctionner sans mettre profondément en cause celui qui le manie. La contestation suppose que l'on se pose soi-même comme contestable. Elle rend alors inutile les simulacres d'autocritiques dont la fonction cachée est de retourner l'agressivité, la rancune de l'échec, contre les personnes. Ce sont des structures qu'il faut abattre, et non des hommes.
Aucune alternative n'existe a priori
Abattre, et non changer, comme voudraient se contenter de le faire les forces alternatives au pouvoir capitaliste, car le changement des structures ne modifie en rien l'esprit des hommes (p. 31, § 2) « Le changement n 'est pas une fin en soi; entre la rigidité et l'agitation, il y a une marge suffisante pour tous ceux qui veulent se donner la peine de penser. » (p. 32, § 14) C'est dans cette marge de pure réalité (par opposition à ce non-lieu qu'est l'utopie) que se déploie la contestation avec les meilleurs chances d'être en prise sur l'actuel et le vivant, puisqu'elle n'évacue rien mais abat simplement une clairière à la liberté. A l'inverse, ce sont des utopistes ceux qui mettent en avant le changement de structures, car ils vont au devant d'un nouvel étouffement du geste par la contrainte même de la doctrine à « appliquer ».
C'est pourquoi, disent-ils, « il n'a pas été de notre propos d'inventer une nouvelle société. Qu'après vous, d'autres cherchent, analysent et progressent. Aujourd'hui, nous nous sommes simplement révoltés contre le misérable destin qu'on voulait nous vendre. » (p. 48) La contestation la plus immédiate portera donc sur le champ social environnant, dominé qu'il est par le capitalisme libéral et les concepts-clé que son idéologie impose.
Profit-progrès
Premièrement, le couple célèbre de la tautologie : Profit-Progrès. « Le profit est présenté... comme le seul générateur possible de progrès. Inversement, ce profit justifie que le progrès soit un but en lui-même, indépendant des options politiques. » C'est là mettre le doigt sur le cercle vicieux de toute politique « économiste », née du siècle des Lumières.
« Le profit, la concurrence, le progrès, sont les trois figures nécessairement solidaires de l'aliénation économique capitaliste moderne. Le profit est d'abord motif, puis cause, enfin effet. » Or, il est un point de vue qui fondamentalement détruit la légitimité de cet encerclement, c'est celui du travailleur-consommateur qui le subit : « Aucun des producteurs véritables et des bénéficiaires supposés de ce « progrès » n'ont de choix réel quant à ce dernier puisqu'ils sont censés, sans le savoir, le consommer. Le progrès est là, dans les choses, et pourquoi pas dans la nature des choses. » Premier masque à faire tomber : telle n'est pas la nature des choses. Mais pour y parvenir, il faut aller chercher en l'homme même l'image perverse que, pour survivre, le système lui a imposée : sa division en deux, « d'une part le producteur, d'autre part le consommateur » : « Les travailleurs sont tout autant aliénés par la consommation qui leur est offerte ou imposée, que par le travail producteur qu 'ils subissent comme une « nécessité vitale » et sur lequel ils n'ont aucun contrôle. » (p. 17-18, § 5,6, 9)
Goulag publicitaire
Que l'homme soit tout autant aliéné comme consommateur qu'il l'est comme producteur est le fruit ultime de la spéculation bourgeoise dont NSEM nous brosse la trajectoire en raccourci : « La distribution est le cœur du capitalisme moderne. Source historique du capitalisme industriel en tant que « bourgeoisie marchande », elle a repris le pas sur le capitalisme moderne en déplaçant le « profit » de la production vers la distribution... Autrefois, les travailleurs-producteurs étaient exploités. Aujourd'hui, les travailleurs-consommateurs le sont encore plus. » Mais comment la distribution a-t-elle perdu son rôle utile de simple intermédiaire entre le producteur et le consommateur pour devenir en soi le partenaire central, et mieux encore, l'arbitre du jeu économique ?
Parce qu'elle a conquis le pouvoir de communication sociale le plus étendu, la publicité. Ce n'était là d'abord qu'un sous-produit - » mal nécessaire et coûteux » se plaignaient les capitalistes - destiné à stimuler la consommation et, par contrecoup, la masse produite; or il s'est avéré que, payée par le consommateur innocent, cette publicité est un prodigieux outil qui sert aussi bien à la sélection, à la standardisation, et donc à la rentabilité des produits, qu'à la sélection, à la standardisation, et au conditionnement des « besoins ». « En payant la publicité, le travailleur-consommateur paie de son travail producteur un pur néant : la création de ses propres besoins - ses besoins de « besoins », (p. 19 & 17) Et de conclure : « La publicité est un vol économique et le plus puissant moyen d'aliénation et d'exploitation de la société capitaliste moderne.,, en divisant les travailleurs et en les isolant dans des rôles de consommateurs et de producteurs séparés, (elle) oppose l'ensemble des travailleurs à eux-mêmes. » Mieux encore, par les stéréotypes sociaux qu'elle impose, elle « noie les rapports humains dans les « biens » et leur possession - seule marque de « reconnaissance sociale ».
Besoins et désirs
Aussi pertinente et évidente qu'elle soit, cette critique de la société de consommation ne nous affranchirait en rien si elle ne préparait que l'entrée dans une économie dirigée où l'État, rassemblant entre ses mains les moyens de production et ceux de diffusion, planifierait d'autorité la matière et la forme de la consommation en fonction d'une grille de besoins préconçue. Nos camarades de Mai ne tombent pas dans le piège de la définition positive et utopique. Au lieu de cela, à rebours de toute démagogie, ils ébauchent une méthode pour jalonner le champ élémentaire de la solidarité et distinguent avec force ce que je nommerais volontiers la « république des besoins », ou l'absolue nécessité fait loi, du « royaume des désirs » où peut s'épanouir la diversité. Ainsi, « nous ne savons pas ce que sont les vrais « besoins » et ne voulons pas le savoir pour le moment. Nous savons que qui a faim, qui meurt faute de soins, qui est « idiot » parce que non-éduqué, a des besoins et que ces besoins sont prioritaires quant à leur satisfaction au niveau de la société entière. » Et pour bien trancher entre la nature de ces besoins, et celle des désirs, ils affirment que les premiers - éducation, santé, logement, nourriture, transports - sont à satisfaire gratuitement, par solidarité sociale, alors que les seconds seuls ressortissent à la « consommation individuelle ». C'est alors le salaire qui « doit permettre la différenciation et la satisfaction individuelle des désirs ». Certes, on pourrait leur objecter que le désir se loge souvent au plus intime du besoin au point d'en être inséparable, ainsi qu'il apparaît plus particulièrement dans le choix de l’éducation, de la nourriture, du logement. Leur réponse tient dans la définition de l'autogestion qu'ils envisagent, où « l'économie est l’affaire de tous au sein d'unités autogérées de production-consommation de biens et de culture. » (p. 19 & 20)
Sens de la propriété
Dans ces conditions, on se doute que la remise en cause la plus profonde concernera le sens de la propriété. Le sens, car il n'est pas question là aussi d'un changement de mains qui ne modifierait rien du rapport de l'homme à l'objet, ou ne ferait que le dénaturer davantage. « Rien n'appartient à personne. » Du moins, dans le sens restrictif et sclérosant d'une société construite sur l'exclusivité de 1 avoir. Mais « tout le monde est responsable de tout » à cause de l'usage que chacun fait de tout. « Le rapport entre l’homme et l’objet est un rapport d'utilisation ou d'investissement social-économique ou intellectuel. » Et voici retrouvé le sens propre de la possession : « Libre à l'homme d'éprouver le sentiment qu'il veut vis-à-vis de l'objet, à condition qu'il n'érige pas son sentiment en droit naturel, en objet, en loi. » Cette intuition pour radicale qu'elle soit, n’est là que pour briser en son fondement la légitimité d'une législation qui « était l'expression de la protection de la propriété et cherchait à maintenir artificiellement des structures économiques. » La nécessité de la loi n'en est pas pour autant récusée; il suffît qu'en soit révisé le critère : « Nous refusons que nos structures sociales ne soient que le « reflet » de ces structures économiques. Nous voulons nos propres structures sociales et que des structures économiques nouvelles s'y adaptent. »
On voit ici primer définitivement la révolution culturelle sur la banale refonte des institutions, et l'ont peut mesurer à quel point la récupération de cette inspiration - y compris et surtout dans ses thèmes autogestionnaires - est une impossibilité profonde pour des partis restés inféodés à l'idéologie économiste. En ce sens, et malgré certaines apparences, nous n'avons jamais été aussi loin de Mai 68.
Liberté et travail
II importait également d'arracher le travail à la conception marxiste, ou markettiste, en vigueur, de « retrouver le sens et la fonction originale du travail par delà les aliénations qui le constituent actuellement » (p. 13) « Travailler, c'est réaliser sa vie par une activité nécessaire et libre. » Ce qui implique qu'il n'y a pas sur lui de malédiction fondamentale, honnis celle que fait peser la volonté de puissance quand elle prend occasion de la diversité des postes de travail pour en rabattre sur la dignité des travailleurs. Or, en réalité, « la division du travail, c'est l'échange et la solidarité humaine » (p. 6 & 14), mais « ne confondons pas division technique du travail et division hiérarchique des autorités et des pouvoirs. La première est nécessaire, la seconde est superflue et doit être remplacée par un échange égalitaire de nos forces de travail et de nos services au sein d'une société libérée. » (p. 7 & 22)
L'homme en personne contre tout système
Une société libérée. Est-ce un mythe ? Au contraire, et voici, à nos yeux, l'empreinte philosophique majeure de l'entreprise : les mythes (il faudrait dire les fables conformisantes et les tabous) qui servent de béquilles à l'actuel désordre établi consacrent tous l'idée d'une tare originelle et d'une aliénation qui pèserait, non pas sur l'homme seul, mais sur le système qui l'enserre. Une certaine idée de la nature des choses est là pour justifier que la diversité des dons et des carrières, des métiers et des conditions, et les multiples subordinations fonctionnelles que cela implique se traduise « fatalement » dans une éthique de l'inégalité. Et ce glissement de l'un à l'autre plan est d'autant plus notable qu'il figure en exergue des idéologies de la libération. C'est qu'il y a, de par le monde, un véritable consensus à l'iniquité. Nos camarades de Mai le dénoncent; ils ne se rallient pas pour autant à la dangereuse innocence de quelque « bon sauvage », ni à la discipline finalement rédemptrice d'une société de concentration idéale; leur mystique à eux - libertaire, si l'on veut - se tient sur le fil étroit de la réalité. Aucun système ne règne devant lequel il faudrait s'incliner; l'homme est suffisamment grand, et faible, pour jouer la partie en personne - et s'il est aliéné, s'il déguise les rapports d'échange et de service en rapports d'oppression, aucune doctrine ne l'en délivrera, c'est à lui qu'est la faute, en lui le mal, et le pouvoir d'agir pour réparer. L'homme n'est aliéné que par lui-même, (p. 14 § 13)
Notre vie éclatée
L'un des signes qui consacrent l'aliénation des travailleurs dans les sociétés modernes de l'un ou l'autre type, c'est l'opposition admise et sans cesse renforcée entre leur temps, de labeur et leur temps de loisir, leur temps de liberté et leur temps asservi. « La division travail-loisirs, pointe ultime du progrès de notre civilisation, est l'indice de la profondeur de notre aliénation. Le travail est alors pur labeur et vécu, conçu et effectué comme une nécessité. Le « Loisir » devient alors la « figure » artificielle de la liberté, celle-ci devenant immédiatement une nécessité nouvelle destinée à compenser le « travail-nécessité ». Travail et loisir deviennent alors deux nécessités égales en droit... Alors il faut travailler et « économiser pour les vacances », il faut « se reposer pour pouvoir travailler le lendemain », etc. » On voit bien comment l'alternance naturelle de l'activité et du repos a servi de prétexte à cette distorsion. A mesure que le travail, étroitement cerné par les techniques de rentabilité, devenait plus spécialisé, plus pauvre en initiative, en participation volontaire, en savoir personnel, cette déperdition étant considérée comme un irréversible « progrès » n'avait plus qu'à se trouver une compensation hors le temps de travail, dans l'espace jusqu'ici réservé au repos, à la vie personnelle. A mesure qu'il s'accroît, cet espace est donc investi par des entrepreneurs et des techniciens dont le rôle est de faire consommer en liberté aussi efficacement que leurs collègues ont fait produire en asservissent. Cet éclatement du sujet désintègre sa vie entre les pôle contraires : production-consommation, travail-loisirs, devoirs-droits, nécessité-liberté, labeur-culture, et lui fait oublier que la réalité des choses tient dans leur unité première et dernière.
Culture
Comment, dans ces conditions, prendre au sérieux l'idée de « culture ». N'est-ce pas « le symbole idéologique de tous les privilèges économiques, sociaux et politiques que l'université bourgeoise transmet aux futurs dirigeants. » (p. 15 & 21) ? Tous les stéréotypes qui sévissent à son sujet sont là pour l'isoler et l'abstraire de la réalité vécue. Son statut aristocratique de caste, « expression déréalisée d'un monde que l'on s'emploie à rendre de plus en plus acculturé »; sa prétendue « gratuité » qui élude les conditions concrètes de la production-consommation, son pseudo-réalisme de représentation qui monopolise le sens ou la beauté aux dépens du monde « prosaïque » et tel qu'il est, son rang de « produit de luxe » qui « entérine la division luxe-nécessaire et s'en fait la fidèle conservatrice », son rôle d'antidote et de divertissement qui « ignore volontairement le labeur, le sien comme celui qu'elle entend consommer », et pour couronner l'imposture, l'ambition des réformistes de la culture, qui « est de vendre cet « objet de luxe » comme objet de consommation courante : culture populaire. » En définitive, « la culture, en tant que représentation « conforme » d'un monde aliéné (ou de recherche des « paradis artificiels ») a cru participer à sa désaliénation. Elle n'a fait que faire supporter aux maître de ce monde leur aliénation de maître. Elle sert de palliatif à l'absence de communication réelle : d'émotion, dans un monde où l'émotion est faiblesse; d'humanité, dans un monde où l'humain est inessentiel et dérivé : pathos, sensibleries, etc. » (p. 23 & 24, § I à II). On ne saurait mieux dénoncer la manœuvre hypocrite du « supplément d'âme », qui est la revendication utopiste et la drogue des élites modernes, mais prenons garde que cette contestation ne vise pas seulement la « culture bourgeoise » mais tout aussi pertinemment la « superstructure idéologique marxiste » et sa prétention à manipuler le réel.
La culture n'est rien si elle est en plus
Faudrait-il pour autant abolir la culture ? Les gens de Mai n'en ont pas même la tentation : « Détruire la culture serait reconnaître notre incapacité d'en changer la nature et la fonction ». Pour les redécouvrir, il suffît de savoir que, fondamentalement, la culture est du même ordre que le travail, « activité nécessaire et libre, incluse dans tous les modes de production et de consommation à titre de constituant. Elle n'est rien si elle est « en plus ». Elle est tout si rien n'est sans elle. » Enfin, « l'homme est de part en part culture, travail, sexualité... La culture ne saurait être uniquement création spirituelle, le travail création matérielle, la sexualité création de vie. Toute création doit être à la fois vitale, matérielle et spirituelle, sous peine de n'être qu'un produit aliénant et bientôt consommation aliénée. » Loin de constituer une entrave, la démarche culturelle s'avère comme le révélateur, l'indice révolutionnaire de la réintégration des conduites sociales dans la réalité. Elle seule garantit la mobilité de l'esprit et sa pénétration dans tous les ordres de l'action, si bien qu'il ne reste plus qu'à la sortir du ghetto spécialisé où elle s'étiole en décrétant « l'éducation permanente, clef de voûte de la société à venir » « L'éducation (entendez : l'échange, la transmission et la création de tous les savoirs et formes d'expression) est décrétée à partir de ce jour permanente, gratuite, obligatoire à tout âge. » (p. 27 § 2) Traduisez : l'âme n'est plus un supplément.
Nous ne nous attarderons pas sur ce qui en résulte quant à la forme de l'enseignement, celle des sanctions universitaires et professionnelles, celle des hiérarchies dans l'entreprise. C'est à chacun de voir, sur le terrain, ce qui s'est depuis figé ou assoupli. Mais il ne serait pas sans intérêt de noter à quel point la réforme de l'université consécutive aux événements de Mai - celle d'Edgar Faure - tenta de récupérer le mouvement (autonomie, progressivité des diplômes, unités de valeur, cogestion, Vincennes) et la façon dont une reprise en main contraire s'accomplit sous la présidence de V. Giscard. On peut douter que l'équipe de son successeur s'accommode plus facilement de ces propositions, sauf à les réduire à quelques recettes décentralisatrices que la mode apporterait et remporterait de même.
Humanisme
Car - nous en venons là à l'altercation majeure qui oppose NSEM au consensus le plus généralement partagé - une irrévérence profonde est à l'origine de leur soulèvement. C'est la raison de la méconnaissance où on le tient, et de l'intérêt que nous-même y portons : ces jeunes gens - voilà treize ans déjà et sans s'être donné la consolation du rêve écologique - refusaient d'adhérer au credo du Progrès, de la Science, et récusaient en bloc avec la dictature des idéologies, celle de la religion qui est depuis deux siècles la nôtre, la conquête des Lumières : l'Humanisme.
On tentera de prouver que ce n'était de leur part qu'un « doute méthodique », au pire une crise d'anarchisme pubertaire et que sur leurs pupitres rasés par le feu de la révolution, les premières valeurs à refleurir seraient comme par hasard les éternelles idées de 89. Il n'en est rien. D'ailleurs, on chercherait en vain dans leurs maximes la moindre évocation des grands ancêtres, la moindre référence de fond à la démocratie, aux droits de l'homme en tant que tels, la moindre paraphrase laissant entendre qu'il y a là pour eux une inspiration ou un modèle. On leur chercherait tout aussi vainement d'autres sources contraires; on n'en trouverait qu'une, constante dans notre histoire, et qui représente mieux qu'une inspiration : une tradition, celle tant de fois réprimée et trahie de la commune insurrectionnelle.
Ils se situent pourtant par rapport au passé, mais c'est pour mieux se dégager du piège qu'on en a fait, c'est pour ouvrir un autre cycle, qu'ils nomment excellemment, révolution, parce que c'est un nouveau retournement de point de vue, une mue de l'histoire, et qu'instruits par les précédentes, ils s'insurgent d'avance contre sa dé na tu ration, la manœuvre des cancres qui la voudront réduire à l'anecdote, des sbires qui s'en voudront saisir pour, encore une fois, mater la vie. Voici, très simplement, l'enchaînement qu'ils discernent : « La révolution bourgeoise fut juridique, la révolution prolétarienne fut économique. La nôtre sera sociale et culturelle, pour que l'homme puisse devenir lui-même et ne se contente plus d'une idéologie humanisante. » (p. 8 § 29)
Le déclin des idoles
Idéologie humanisante : héritage carcéral des révolutions antérieures qui se sont arrêtées en chemin, séduites par la puissance acquise, fascinée et figée par la violence révélée. Ne pas s'en contenter : refuser « Les idéologies de l'homme total nous proposent un but ultime, la fin de l'histoire, et cela au nom d'un « progrès » pour mieux refuser la progression. » A l'inverse, « l'idéologie (ou mouvement) révolutionnaire n'est pas un « humanisme », elle est politique de part en part « car elle se refuse à séparer le social de l'individuel, l'économique du politique, le travail du loisir, la science de l'idéologie... le concret de l'abstrait, la raison de l'émotion, l'amour de la sexualité... Elle est résolument unitaire et totalisante. Elle n'est ni « démocratique » ni « totalitaire ». Elle refuse cette opposition comme toutes les autres et ne les connaît pas... Elle n'est pas une vision de l'homme, une philosophie du monde à réaliser dans un avenir plus ou moins lointain. Elle réalise continuellement l'homme et la philosophie... »
En somme, il s'agit de laisser – activement - s'accomplir la seule révolution souhaitable : non plus le paroxysme brutal et ses lendemains qui déchantent, mais l'inscription dans l'histoire de cette force intime qui nous invite à la parfaire sans trêve. Car il ne peut y avoir d'image préconçue à proposer qui ne risque de vouloir un jour prendre le pas sur le développement de l'être. Or, la réalisation de l'homme dans le travail, la connaissance, l'amour, est un mouvement qui englobe l'Histoire, et il est à la fois libre, et nécessaire.
Aucune idole - fût-elle honorée au Panthéon - ne tient devant cela : « Nous ne voulons pas plus être gouvernés passivement par les lois de la science que par celles de l'économie ou les impératif de la technique. La science est un art dont l'originalité est d'avoir des applications possibles hors d'elle-même. Elle ne peut cependant être normative que pour elle-même. Refusons son impérialisme mystifiant, caution de tous les abus et reculs, y compris en son sein, et remplaçons-le par un choix réel parmi les possibles qu 'elle nous offre. » (p. 7 § 23) « Le progrès technique n'existe pas, il n'y a qu'une évolution et des perfectionnements techniques... Le progrès scientifique n 'existe pas, il n'y a qu 'une extension quantitative des connaissances des lois de la nature... Le (vrai) progrès ne concerne que l'homme dans le triple rapport « homme-nature-société ». » (p. 40) Autrement dit, tout est, dans le plus noble sens que nous ne sommes pas peu surpris de retrouver ici, politique d'abord.
Révolution
Il reste donc à faire en sorte que la révolution s'accomplisse. Est-ce bien le moment ? « Une situation est révolutionnaire quand une idéologie et une action révolutionnaires apparaissent ensemble et dans le. même mouvement. » C'est l'heure de cette apparition que salue NSEM en s'affirmant sous ce nom. Prouver le mouvement en marchant, voilà ce qui compte. Quant à prévoir le rythme et le mode, ce serait méconnaître la nature de l'histoire et s'exposer à tomber dans l'une ou l'autre perversion : celle du rencognement peureux, ou celle de l'impatience terroriste : « La faiblesse et la force d'un mouvement révolutionnaire est d'être en avance sur lui-même. Quiconque n'y voit qu'une faiblesse est réactionnaire. Quiconque n'y voit qu'une force est un agité dangereux pour la révolution. » (p. 10 § 14 & 17) Le but de l'action est, toujours et partout, de permettre « L'émergence de véritables rapports humains », les moyens, qui sont également des fins en soi, se définissent comme suit : « L'établissement d'une éducation permanente, la transformation des modes et des rapports de production et de consommation, l'abolition du travail aliénant et son remplacement par une activité libre et nécessaire, sont les piliers de la révolution en cours. » (p. 12 & 27) Or, inévitablement « Faire naître et renaître les besoins d'éducation, de création et d'échange, pour ne pas dire d'amour, en les substituant aux pseudo-besoins est faire violence au désordre établi. » Il y a en effet, au plus profond des relations, une dialectique de la violence; la méconnaître, c'est prendre d'avance la fuite : en arrière, terrorisée, ou en avant, terrorisante. En réalité, « une révolution est aussi violente que la violence qu'elle récuse et qui lui résiste. Qui refuse a priori la violence n'est pas révolutionnaire car il n'a pas pris conscience de la violence qui lui est faite. » (p. 9 § 1) A l'inverse, celui qui a conscience du viol qu'il a subi, celui qui a souffert violence, a appris du même coup à la subvertir pour en faire le ressort de sa propre action; c'est peut-être en ce sens que l'évangile (Luc 16,16) nous dit que « tous veulent pénétrer dans le Royaume par violence ». C'est en tous cas l'image même du mouvement révolutionnaire dont la vertu vient de ce qu'il accepte d'épouser toutes les ambiguïtés; à rencontre d'un monde pétrifié dans ses contradictions et qui se débat pour ne pas se retrouver vulnérable, fécondé, revivant. Pourtant, il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de bonne conscience révolutionnaire, et particulièrement, on le sent, quand s'ouvre au renouveau le domaine du moi dans le corps, ce royaume qu'il importe tant de reconquérir : « Hommes et Femmes de ce jour, ne chantons pas trop tôt que les tabous sont morts. Un tabou n'est jamais supprimé, il n 'est que déplacé. Demandons-nous où sont passés les tabous. Demandons-nous qui subit, ici et maintenant, le fardeau de nos tabous déviés. » (p. 62 § 24) « Ne nous glorifions pas d'une révolution qui nous dépasse, si nous ne voulons pas être dépassés par elle à jamais. » (p. 59 § 13) « Croyez-vous sincèrement que des siècles et des siècles d'humanité ont été stupides, et que nous sommes soudain devenus intelligents ? » Et enfin : « Comment pourrions-nous vivre notre avenir, sinon en prenant conscience du déplacement des tabous et des oppressions ? C'est-à-dire par un surcroît d'amour. » (p. 62 § 25 & 26)
Comment aurais-je résisté à la joie de citer très largement ces textes, aux dépens même des mille commentaires qu'ils appellent et que chacun de ceux qui les auront, ici peut-être, découverts tissera à sa manière et de sa propre soie ? Le plus urgent était de faire justice de Tin compréhension méthodique qui avait occulté en nous et alentour l’insurrection de la pensée en acte. On saura ainsi qu'il est moins que jamais possible de récupérer Mai 68, sinon en continuant te combat que sa brève illumination proclame : « La révolution n 'est ni une fête ni un dérèglement. Les lendemains de fête chantent faux comme d'habitude. La révolution est l'explosion de la signification dans le champ de l'inconnu, l'envahissement d'une zone d'ombre par la lumière : la prise de possession du langage par la parole. » (p. 61 § 20)
Pouvoir
Une dernière question mérite cependant de nous être posée : Quel rapport ce mouvement peut-il entretenir avec le pouvoir ? Le désire-t-il ? N'est-il pas, anarchiste, fondamentalement incapable d'articuler l'action sur le plan politique concret et institutionnel qui quotidiennement nous occupe ? Y a-t-il pour lui un relais possible, une solution de continuité, qui s'incarnerait, par exemple, dans un changement de cap des forces actuellement au pouvoir ? Y trouverait-il sa place sans trahir ? La question s'enrichit encore du fait du changement de majorité qui s'est produit en France et qui pourrait faire croire que les enfants de Mai vont profiter, à gauche, de l'espace laissé libre par un éventuel affaiblissement du règne bourgeois.
Tout d'abord, NSEM ne se situe jamais en tant qu'opposition. La critique qu'il donne de cette attitude tombe drue sur l'échiné de ceux qui nous voudraient faire croire qu'une alternance est en mesure de rompre le consensus en s'attaquant à la nature des rapports sociaux. « Tant que l'on reste réactionnel, ou dans l'opposition, c'est-à-dire dépendant hiérarchiquement de ce qui existe, on ne peut progresser ou inventer; on ne fait que reproduire en miroir ce que l'on condamne. » (p. 47)
Le défi souriant
Ensuite, à la manière de Soljenitsyne écrivant aux dirigeants de son pays (au grand dam de ses amis contestataires démocrates), le groupe n'hésite pas à interpeller le pouvoir actuel, en lui conseillant même d'opérer des réformes : « Il est du devoir des économistes « bourgeois » de se saborder et de mettre à l'étude une nouvelle « économie » décentralisée en renforçant l'autonomie des « régions économiques », en rendant aux chambres de commerce leur véritable rôle, en éliminant toutes les activités parasitaires, en remplaçant la publicité par une véritable information, etc. » (p. 20, § 29) « Tout cela, ajoute-t-il, est réalisable » En jetant ce défi, il entend démontrer que la prise de conscience peut et doit se répandre jusque dans les milieux au pouvoir, et qu'une alternative rationnelle, autre modèle de développement, autre échelle de rapports, ne serait même pas contraire à la norme économique en vigueur, mais aurait l'avantage de dégripper un peu la machine. Ils seraient actuellement exaucés en retrouvant cette ébauche de programme chez un gouvernement socialiste; à l'exception d'un point, mais majeur : ni d'un bord, ni de l'autre, les économistes « bourgeois » n'ont la moindre intention de se saborder au point de mettre en cause le pouvoir impérialiste qu'exercé leur discipline sur l'action politique. Cette exhortation est donc prononcée sans illusion à l'adresse d'une caste technocratique, capable - on le sait bien - de tous les recyclages et reclassements dans le système, et le défi reste joyeusement posé.
Autorité
Plus solennelle - et pour sûr scandaleuse aux yeux des bien-pensants - est l'interpellation qu'ils lancent aux plus hauts gouvernants, à ceux que, sans ironie perceptible, ils nomment les « pères du régime » - et Dieu sait quelle figure du Père régnait à l'époque sur le pays ! Comment faut-il comprendre cette démarche ? La réduire caricaturalement à celle d'adolescents qui, en dernier ressort, liquident leur velléité de révolte en faisant allégeance à la force paternelle ? Ou bien, faut-il y lire la reconnaissance explicite d'un haut principe, demeuré hors d'atteinte de la contestation et conservant sur l'histoire une sorte de rôle arbitral ? Pour nous éclairer, réexaminons d'abord la question du pouvoir.
« Nous voulons les moyens de nos fins, c'est-à-dire, sinon le pouvoir, du moins un pouvoir d'où toute forme d'oppression et de violence soit exclue en tant que fondement de son existence et de sa survie. »
Ne pas vouloir le pouvoir, tel qu'il résulte de l'état de fait actuel, n'est-ce pas se retrancher à jamais des moyens propres à transformer cet état de fait, accepter la marginalité comme la seule condition possible d'exercice d'une responsabilité non aliénante ? Si c'était le cas, alors cette profession de foi serait la source de la perfide désagrégation des forces de l'Après-Mai, le fantasme communautaire et la désillusion du retour à la commune sexuelle et campagnarde, avec, pour finir, le réenlisement dans le confort bourgeois ou la fuite en avant dans l'action terroriste. Mais si c'était au contraire, cette dissidence consentie et souhaitée, le fruit de la lucidité politique vraie qui veut que les transformations ne trouvent pas d'alibi à leur accomplissement dans l'accaparement de la puissance, mais cheminent humblement et comme à l'envers des choses avouées, dans le tissu social et spirituel ? S'il s'agissait vraiment, moins du mirage de pouvoir que constitue l'entrée sur la scène politique, que du fondement même de l'existence du pouvoir et de sa survie - certains d'entre nous diraient : de son principe de légitimité - alors, cette démarche ne vaudrait-elle pas le détour, ou plutôt le raccourci, par le plan de départ de toute politique qu'est l'être de chacun à l'intérieur du groupe où il se meut ? Le refus des gens de Mai devant l'engagement politicien, qu'il soit réformiste ou révolutionniste, est fondé, ce me semble, sur une estimation plus juste de la révolution à parcourir et du temps nécessaire à ce parcours.
En attendant, disent-ils, « Les hommes des institutions en place - celles du pouvoir, comme celles de l'opposition - doivent continuer d'expédier les affaires courantes, ils doivent fournir le pain quotidien; demain, nous le ferons pour eux. » (p. 32 § 24)
Le fondement du droit de l'homme
S'il en est ainsi, à quel titre adresser un appel aux « pères du régime » ? Leur pouvoir n'est-il pas de fait aboli ? Et certes, il l'est légitimement sous l'aspect de la puissance pure et violatrice, par le simple fait que le soulèvement était contre eux légitime, et par surcroît, parce que « leur monde court à notre perte dans un désordre fantastique. » (p. 57, § 69) Mais il faut croire qu'il détiennent encore, ces pères, au plan du principe, une trace de pouvoir qui permet de s'adresser à eux valablement - et qu'il serait plus juste de nommer par son nom : autorité.
On se demande comment ces camarades de Mai ont été amenés, contre tout l'héritage intellectuel reçu, à rendre un tel hommage au plus traditionnel principe ? Par la logique même de leur engagement. Ce qu'ils revendiquent - ou plutôt, ce qu'ils sont en train de conquérir pour eux-mêmes : l'autonomie. Et ce qu'ils reconnaissent, jusques et y compris dans les « pères » d'un régime contraire à leurs désirs, c'est la dignité éminente de cette autonomie où chacun tient sa place et le service qu'il est sollicité de rendre. Voici les vœux qu'ils leur soumettent :
« Que les « pères » du régime comprennent que l'autonomie n'est pas un mot creux; elle suppose le partage du pouvoir, c'est-à-dire son changement de nature. » « Seule l'autonomie véritable permet la créativité. » « L'accès à l'autonomie et au partage du pouvoir peut se faire pacifiquement, si les « pères » du régime veulent bien jouer leur rôle, (c'est nous qui soulignons !). Enfin, et nous touchons là au sommet de l'intuition : « Que les « pères » jouent leur rôle de père, et la révolution sera évolution. » (p. 32-33, § 16, 18,30,36)
C'est proclamer aussi clairement qu'il est possible que cette autonomie - celle-là même qui vise légitimement à s'instaurer en rendant son pouvoir au groupe « au niveau de chaque unité de travail et de résidence, dans chaque entreprise ou groupe d'entreprises agricoles et industrielles, dans chaque école ou université, dans chaque « service » », et qui menace à ce titre d'une si rude guerre, non seulement les grands et petits chefs du libéralisme, mais encore plus peut-être les socialistes de bureau - cette même autonomie se montre seule capable de reconnaître pour légitime le service du « père » qui joue son rôle. Il permet au sang qui, sans son arbitrage, coulerait en révolutions vaines, d'irriguer une nécessaire et libre évolution. Le pacte féodal ? Pourquoi pas ?
Il semble bien qu'une fois encore en France, en 68, la Commune se soit levée pour imposer son légitime dialogue avec le roi. Le mouvement qu'elle a fait naître se poursuit-il ? La question est posée : Sommes-nous en marche ?
Luc de Goustine
[1] Cet article paru dans la revue Royaliste Cahiers trimestriels n°12 du 1/9/1981 « Une science politique (I) » se réfère au tiré à part de « Nous sommes en marche. Manifeste du Comité d'action Cerisier » in Quelle Université ? Quelle société ? coll. Combats, Seuil 1968.
15 mai 2008
Une pétition pour l'égalité hommes/femmes
Droits des femmes en danger :
Réagissons contre le démantèlement des politiques d’égalité femmes/hommes
Après la disparition de tout ministre en titre chargé-e des droits des femmes et de l’égalité, c’est maintenant l’administration responsable de l’impulsion et de la mise en œuvre de cette politique, le Service des droits des femmes et de l’égalité (SDFE), qui est menacée de démantèlement.
Cette administration est composée d’un service central et d’un réseau de délégué-es régionales et de chargé-es de mission départementales placées sous l’autorité des Préfets, au plus près des territoires.
Le SDFE a pour principales missions de favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités politiques et économiques ; de favoriser l’accès à l’emploi des femmes et de promouvoir l’égalité salariale et professionnelle ; de favoriser une meilleure articulation des temps de vie ; de garantir l’accès aux droits fondamentaux ; de préserver les acquis (interruption volontaire de grossesse, contraception…) et de lutter contre les violences faites aux femmes. Il est un interlocuteur privilégié des associations de défense des droits des femmes sur tout le territoire, et des élus et organismes qui agissent pour l’égalité entre les femmes et les hommes.
Sans ministre en titre, sans administration nationale et sans réseau régional et départemental, l’égalité et les droits des femmes vont régresser, alors même que le Président de la République avait déclaré vouloir « appliquer à tous les niveaux et dans toutes ses dimensions (salaires, responsabilités, reconnaissance sociale), l’exigence d’égalité ».
L’égalité entre les femmes et les hommes est une valeur fondamentale portée par l’Organisation des Nations Unies, l’Union Européenne et la République Française. Au moment où s’ouvre la Présidence française de l’Union Européenne, le gouvernement est à contre courant des préconisations et des avancées européennes !
Mobilisons nous pour :
Le maintien du Service des droits des femmes et de l’égalité et de son réseau de délégué-es régionales et de chargé-es de mission départementales, doté de véritables moyens d’intervention ;
La nomination d’un-e ministre chargé-e des Droits des femmes et de l’égalité.
Soutenue par les organisations suivantes :
CADAC (Coordination des Associations pour le Droit A la Contraception et à l'avortement), CFDT, CGT, CNDF (Collectif national pour les droits des femmes), Collectif féministe contre le Viol, Femmes solidaires, FSU, LCR, MFPF (Mouvement Français pour le Planning Familial), PC, PS, réseau féministe Rupture, UNSA (Union Nationale des Syndicats Autonomes), Les Verts
PremierEs Signataires :
Michèle ANDRE (sénatrice, ancienne secrétaire d’Etat chargée des droits des femmes) ; Martine AUBRY (Maire de Lille, ancienne ministre à l’emploi et à la solidarité) ; Martine BILLARD (députée Verte de Paris) ; Marie-George BUFFET (Secrétaire nationale du PCF) ; Nicole BORVO (membre du comité exécutif du PCF) ; Laurence COHEN (membre du comité exécutif du PCF) ; Antoinette FOUQUE (intellectuelle, auteure) ; Françoise GASPARD (experte CEDAW (ONU)) ; Gisèle GAUTIER (sénatrice, Présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat); Catherine GENISSON (députée, ancienne rapporteuse de l’Observatoire de la parité) ; Françoise LAURANT (Présidente du Mouvement Français pour le Planning Familial) ; Martine LIGNIERES-CASSOU (Maire de Pau, ancienne Présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale) ; Fatima LALEM (Adjointe au maire de Paris chargée de l'égalité entre femmes et hommes) ; Michèle LOUP (conseillère régionale Verte Ile de France); Nicole PERY (ancienne secrétaire d'Etat aux droits des femmes) ; Laurence ROSSIGNOL (Secrétaire nationale aux droits des femmes du Parti Socialiste) ; Yvette ROUDY (ancienne ministre des droits des femmes) ; Olga TROSTIANSKI (présidente de la CLEF) ; Marie-Jo ZIMMERMANN (députée, rapporteure de l’Observatoire de la parité, Présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée Nationale)
13 mai 2008
Grève dans toute l'Education Nationale le jeudi 15 mai 2008
« Je ne veux plus parler de ces questions de postes parce qu’il me semble que tout le monde est d’accord sur le fait que ce n’est pas là que ça se joue ».
Xavier Darcos, 14 avril 2008.
De 2009 à 2012 le gouvernement entend supprimer 80 000 emplois économisés. Comment ?
Imposer 3 HS à chaque enseignant = 30 000 emplois économisés
Diminuer de 25 % les horaires élèves au lycée = 25 000 emplois économisés
Supprimer une heure d’enseignement à tous les niveaux du collège = 7 000 emplois économisés
Passage du bac pro à 3 ans = 10 000 emplois économisés...
(D'après le SNES)
01 mai 2008
Souvenir d'une manifestation contre le plan Barre, Limoges, années 70, devant le lycée Gay-Lussac
29 avril 2008
Olivier Besancenot, un people bobo, sera chez Drucker le 11 mai!...

C'est vraiment la lutte finale!
15 avril 2008
Le gouvernement libéral veut laisser les complémentaires santé rembourser tous les frais d'optique
Jean-Pierre Davant, Président de la Mutualité Française condamne, pour le JDD, les déclarations de Mme Bachelot sur le déremboursement de l'optique:
(Nouvel Obs)
Que pensez-vous du transfert des frais optiques et dentaires à la charge des organismes complémentaires?
Je regrette profondément que madame Bachelot fasse des déclarations hâtives alors même que nous devons entrer dans une phase de négociations. Nous devions nous mettre autour d'une table afin d'essayer de trouver un compromis, une solution qui favoriserait l'accès aux soins et en améliorerait la qualité. Et j'espère que ce débat, qui doit avoir lieu, est toujours d'actualité. D'autant que je ne comprends pas bien les déclarations de madame Bachelot. Elle a mis tout le monde dans le même sac. On ne peut pas parler ainsi des "organismes complémentaires" sans distinguer les mutuelles - qui sont non lucratives et sont soumises au code de la mutualité - des assureurs commerciaux.
Que va-t-il se passer pour les Français qui n'ont pas de mutuelle?
Ils renonceront à l'accès aux soins! Cette tendance est déjà grandissante et cela est inquiétant. Démédicaliser le secteur optique, par exemple, c'est le mettre dans une position plus commerciale que médicale. Et il ne faut pas oublier qu'il y a des pathologies optiques graves, et que certaines personnes n'auraient pas moyen de se faire soigner s'ils n'étaient pas remboursés par l'assurance-maladie. Et même sans parler de pathologies graves, n'est-il pas dramatique qu'un enfant ne puisse lire le tableau parce que ses parents ne peuvent pas lui payer des lunettes?
11 avril 2008
Les lycéens contre les dizaines de milliers de suppressions de postes dans l'Education Nationale
Consultez le site du syndicat lycéen:
Les blogueurs Cédric Chenot et Marie Jeandarme relaxés
"Il y a bientôt un an, le Mouvement des Jeunes Socialistes de la Creuse créait l’évènement en lançant le blog anti-Auclair. Consacré à Jean Auclair, ce site Internet reprenait les actes et paroles du député de la 2eme circonscription de la Creuse. Certainement embarrassé par la mise en ligne de ses « exploits », Monsieur Auclair a préféré attaquer les « messagers » en justice plutôt que de tenter de se justifier.
Ce texte et l'illustration sont extraits de leur blog:
http://www.anti-auclair.com/2008/04/victoire.html#comments
Cédric Chenot et Marie Jeandarme, deux responsables du Mouvement des Jeunes Socialistes, étaient poursuivis pour diffamation publique par Jean Auclair, coupables d’avoir fait vivre la démocratie sur Internet.
C’est aujourd’hui que le tribunal correctionnel de Guéret rendait son délibéré concernant cette affaire.
La relaxe a été prononcée pour Cédric Chenot et pour Marie Jeandarme.
Rappelons que ce procès n’était pas simplement celui de deux jeunes militants accusés de diffamation, mais de la liberté d’expression, ce pourquoi nous nous réjouissons avec fierté de cette décision.
C’est une grande victoire, tant sur la forme que sur le fond, qui déboute Monsieur Auclair dans ces tentatives d’intimidations pour faire taire la contestation.
Nous avons eu confirmation aujourd’hui qu’il n’était pas possible d’utiliser impunément la justice à des fins de victimisation politique, et nous nous en félicitons.
Plus encore, c’est le droit à la libre expression sur Internet qui ressort conforté de ce procès qui fera très certainement jurisprudence en la matière (...)"


