vendredi 9 octobre 2009
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a décidé vendredi de restituer des fresques du Louvre à l'Egypte
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a décidé vendredi de restituer cinq fragments de fresques détenus par le musée du Louvre et revendiqués par l'Egypte, conformément à l'avis unanime de la Commission scientifique nationale des musées de France, a annoncé le ministère à l'AFP.
"La restitution est désormais une question de semaines", a ajouté le ministère.
Mercredi, l'Egypte a annoncé publiquement qu'elle suspendait sa coopération archéologique avec le Louvre tant que ces fragments de fresques ne lui seraient pas restitués. Le musée français était averti de ses intentions depuis l'été.
Les cinq fragments de peinture murale du tombeau d'un dignitaire de la XVIIIe dynastie égyptienne (1550-1290 avant J.C.), situé dans la Vallée des Rois, près de Louxor, avaient été "acquis de bonne foi" par la France au début des années 2000, selon le ministère de la Culture.
Les oeuvres, de petite taille (environ 15 cm de large sur 30 cm de haut), se trouvent actuellement dans les réserves du musée du Louvre.
A l'unanimité (33 voix sur 33), la Commission scientifique nationale des musées de France a conseillé de déclasser ces fresques en vue de les restituer à l'Egypte, a indiqué le ministère.
La Commission a en effet estimé que les preuves étaient réunies pour établir que ces fresques proviennent bien du tombeau de ce dignitaire égyptien, selon le ministère.
La Commission d'acquisition de la direction des musées de France avait acheté pour le Louvre ces fragments de fresques. En 2000, elle avait procédé à un premier achat de quatre éléments auprès de la galerie française Maspero. Le cinquième fragment avait été acquis en 2003 lors d'une vente publique à Drouot.
En vertu du principe d'inaliénabilité des oeuvres d'art, les collections des musées nationaux français ne peuvent pas être cédées sauf si cette commission d'experts et de personnalités qualifiées accepte de les déclasser.
vendredi 17 juillet 2009
Laurent Bourdelas invité à la 100ème Rencontre de Carted
cARTed JUNCTION ÉTÉ 2009 du 19 au 22 juillet
100ème RENCONTRE cARTed, 5ème Biennale de Châteaux de Sable
L'évènement de l'été, convivial, ludique, amusant et follement artistique.
4 jours de vacances et un programme à tout péter !
samedi 11 juillet 2009
Impressions du vernissage de Max Eyrolle à Chateauneuf-la-Forêt (juillet 2009)
Chateauneuf-la-Forêt, aux portes du Plateau de Millevaches; son église pavoisée pour les Ostentions et son monument aux morts remarquable puisque surmonté par une réplique de la statue de la Liberté...
A la salle Limousin, dans une belle demeure que l'on imagine du 19ème siècle, les invités se pressent pour découvrir les nouvelles toiles du peintre Max Eyrolle, particulièrement bien mises en valeur. Désormais, dans cette peinture, du mouvement et des couleurs. Une évolution. Un art en constante mutation. Un approfondissement perpétuel. Un artiste véritable qui s'interroge et qui travaille inlassablement.
Avec Me Corinne Robert, le peintre: Max Eyrolle
Un peu floues, peut-être... la poète Marie-Noëlle Agniau et Corinne G., peintre elle-même.
Des élus ont fait le déplacement, de Chateauneuf evidemment, et Alain Rodet, député (P.S.) de la Haute-Vienne... Le moment est particulièrement chaleureux. On croise la comédienne Andrée Eyrolle, soeur du peintre (également écrivain et metteur en scène), des comédiens, des enfants, des amis. Il fait doux, le moment est agréable.
La viole de gambe offre un instant intense de bonheur suspendu. Mariella, ce soir, est belle comme une femme venue de la Renaissance. Modeste, Max demeure en retrait. Catherine me dit qu'ils partiront demain pour l'Aubrac, où une autre exposition est proposée.
L'un de mes éditeurs, Lucien Souny, parle avec Marc Wilmart, qui a fait tant de belles choses pour France 3 Limousin... et me donna, il y a si longtemps, pour ma revue Analogie, un texte amusant et pertinent sur les "limogés"...
vendredi 10 juillet 2009
Ce 10 juillet, je serai au vernissage du peintre Max Eyrolle à Chateauneuf (Limousin)
"... Laurent Bourdelas a rédigé un très beau texte sur l'artiste Max Eyrolle..."
Jean-François Julien, Le Populaire du Centre, 8 juillet 2009
Max Eyrolle, un sombre lumineux
par Laurent Bourdelas
Je me souviens de ce qu’écrivait René Char dans Lettera amorosa : « Je voudrais glisser dans une forêt où les plantes se refermeraient et s’étreindraient derrière nous, forêt nombre de fois centenaire, mais elle reste à semer. » Je me dis que cette forêt, Max Eyrolle l’a justement semée à travers ses toiles, qu’elle y a poussée, dense, sombre et lumineuse à la fois. Forêt baudelairienne de signes, de symboles, de couleurs, de matière, à travers laquelle il entraîne désormais ceux qui voient ses oeuvres. Un univers habité, des peintures d’écrivain, des toiles d’homme qui connaît l’homme mais s’interroge – entre abstrait et ébauche d’un figuratif qui dit le flou de l’existence.
Après le gris de l’autobus où s’alignent des silhouettes diluées, assises les unes derrière les autres dans l’anonymat, comme dans le trolley cher aux Limougeauds, après le désordre urbain qui assombrit peut-être les coeurs, il faut savoir revenir à l’essentiel : la porte de grange, la croix – celles que Max connut enfant en Corrèze, du côté de Port-Dieu, en ces temps archaïques de l’individu et du Limousin, celles qu’il croise et touche aujourd’hui en Aubrac, sa finis terra si bien chantée dans ses livres, qui nourrit de son épaisseur sauvage ses toiles qui émeuvent comme des blessures : « C’est un pays de murs pour y cacher son âme et y pleurer le temps, debout au milieu des narcisses. »[1]
Des tableaux que l’on aimerait toucher du doigt pour se pénétrer encore plus de leur importance et de leur consistance. Une épaisseur de terre et de boue originelle, qui parfois se colore du rouge des coquelicots ou du jaune d’un orage. A travers la fenêtre aux barreaux du mur de grange, par-delà les gris et les noirs qui donnent l’impression d’être mouvants, on devine une profondeur ponctuée de discrètes taches de couleurs ouvrant sur l’imaginaire : rayons de soleil, peut-être, échelle ou – qui sait ? – jupe d’une fille à coucher sur la paille... « Il y a des gens comme ça/qu’on voit pour la première fois/et qu’on aime/on ne saura jamais pourquoi/il vaut mieux. »[2] Je songe ici à Miquel Barceló, à Antoni Tăpies, à d’autres peintres et poètes profonds des sud lointains, qui savent que la tragédie se joue au soleil depuis Sophocle. Max Eyrolle serait en quelque sorte un post-moderne n’ayant pas oublié la tradition – un peu comme Anselm Kiefer faisant écho aux anciens mythes. Les toiles qu’il propose sont aussi en mouvement – comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement avec un metteur en scène et un amateur éclairé de danse contemporaine ? On aurait envie de lui affirmer ce que la grande poète russe Marina Tsvetaeva écrivit, je crois, à Iouri Ivask : « Vos songes sont d’une justesse effarante. ».
Allant du concret vers l’abstrait, Max Eyrolle, nous dit l’homme, comme embarqué dans une fragile nef des fous, prêt au naufrage et à la dilution : « Le ciel est blanc... »[3] et la lutte avec l’Ange s’y déroule sans doute. Le peintre envisage encore la (sa ?) disparition, lorsqu’il accompagne son texte Vieillir par sept tableaux, s’apercevant que le rocher au milieu de la rivière de l’adolescence n’est plus accessible, qu’il est devenu une île inatteignable, qu’il est le bloc mêlé de la jeunesse enfuie et du passé enfoui[4].
René Char écrit: « Après le vent c’était toujours plus beau, bien que la douleur de la nature continuât. » C’est bien cela, ici aussi : le vent a soufflé, la douleur a persisté – et la beauté aussi.
[1] Lucette Boyer pure Aubrac, Le Bruit des Autres, Limoges, 2006.
[2] Petits Dialogues amoureux, Le Bruit des Autres, Limoges, 1997.
[3] La Mélancolie des fous de Bassan, Le Bruit des Autres, Limoges, 1997.
[4] Le Bruit des Autres, Limoges, 2007.
jeudi 9 juillet 2009
Des nouvelles de Colette Corneille (été 2009)
retrouvez la dans mon Abécédaire de la littérature du Limousin
Pascal François expose cet été 2009!
dimanche 5 juillet 2009
Le recueil de Pascal François est paru
Du bleu pour le son feutré du désir
Nous sommes nombreux à porter une île au creux de nos rêves, un espace perdu au milieu de l’océan mais protecteur comme une enfance. Une insula primitive, originelle, qui nous rappelle que nous fûmes nous-mêmes, il y a bien longtemps, une sorte d’île au creux des flots de la matrice. Ici, tel Chateaubriand contemplant l’atlantique, nous nous souvenons de ces temps anciens où l’homme sortit des eaux dont nous conservons la nostalgie – l’île est aussi une hésitation entre la terre, le ciel et la mer. L’île est la terre ferme où viennent se réfugier ceux qui ont fait naufrage ou sont déroutés par la vie. Mon père lisait à la fin des années 1930 un Robinson Crusoé illustré adapté pour les enfants par Suzie Jacquelin : « ... Le courage du désespoir me soutint. J’abordai enfin sur un rivage entouré de rocs escarpés... Après une ascension qui me sembla durer un siècle, je tombai enfin sur l’herbe qui tapissait le sol, et me rendis compte que, seul, j’avais été sauvé... J’étais seul sur une terre inconnue !... »[1]
Pascal François, qui est photographe (mais aussi un poète), éprouve ici tout cela, et sans doute plus encore. Son île, c’est Oléron – une île qui n’existe peut-être pas vraiment, tant il l’intériorise et la réinvente. D’ailleurs, c’est une île dont l’étymologie même est incertaine ; de toutes celles que proposent les savants, je retiens celle venue de Pline, Uliarus, onomatopée qui imiterait le bruit des vagues. Même les oléronnais aiment à escamoter son nom en Ol’ron, la transformant ainsi en une île mystérieuse. L’île de Pascal François est donc à la fois une re-création et une récréation après quelques intimes naufrages : ceux, fondateurs et au sens propre, de l’arrière-grand-père Onésime, marin pêcheur, et le sien, plus sentimental. Pascal François est ici seul sur son île et il cite Raymond Depardon : « Il faut aimer la solitude pour être photographe. »
Il arpente Oléron comme on emprunte un Chemin du souvenir et croit même y reconnaître son nom et son prénom inscrits dans le paysage : l’île qu’il nous propose est bien la sienne et il est cette île. Il inventorie plus particulièrement les plaques des rues ou des places de Saint-Denis, les assemblant comme on reconstitue un puzzle ; ce sont des noms qui font rêver et qui transportent à travers l’histoire et la littérature : Robert Surcouf, Pierre Loti, Hurlevent ou de l’horizon – on soupçonne le photographe de trouver des résonances dans la rue de la Muse ou dans celle du souvenir... Celui qui place en exergue une phrase d’Edouard Boubat – qui sut si bien photographier ceux qui regardent la mer –, réussit à capter des détails légers qui deviennent graves ou essentiels : des ombres, des vols de mouettes ou le balancement des fleurs ; des objets du souvenir placés sur les tombes qu’il sait rendre émouvants, de petits escargots sur la peinture d’une cabine de plage... Jusqu’au miracle : faire croire qu’un blockhaus en équilibre est une météorite tombée sur la plage. Pascal François nous invite à passer la barrière de bois qui sépare la dune de l’océan calme et bleu, à dépasser nos craintes, à nous abandonner au flux et au reflux millénaire qui berce l’homme et lui fait oublier ses blessures. Georges-Emmanuel Clancier a écrit : « Visage pour une histoire perdue [...] Du bleu pour le son feutré du désir. »[2] C’est de cela dont il est question ici.
Pascal François se fait aussi artisan poète lorsqu’il dresse la liste des proverbes, des titres de chansons ou des expressions à propos du temps, en y joignant ses propres jeux d’inspiration et d’écriture. On songe alors à quelques poèmes de Prévert. Comme il est écrit ici, le temps n’efface rien et le photographe, comme l’écrivain, est bien à la recherche du temps perdu. C’est l’un des enseignements de ce beau livre sensible.
Laurent Bourdelas.
[1] Editions Gordinne, Liège, 1937, p.3.
[2] Notre part d’ombre et d’or, Poésie/Gallimard, 2008, p.192.
vendredi 3 juillet 2009
Laurent Bourdelas recommande l'exposition de Max Eyrolle
jeudi 2 juillet 2009
Images et impressions de l'exposition autour de Camille Claudel à Limoges
La galerie A Contrario, dirigée par l'excellent Hubert de Blomac, propose à la Galerie des Hospices de Limoges (derrière la Bfm), une magnifique exposition: "Sculpture au féminin - Autour de Camille Claudel": des oeuvres de 9 artistes contemporaines entourent des bronzes de Camille, prêtés par la Ville de Nogent-sur-Seine qui vient d'acquérir 70 de ses sculptures. Jeudi 2 juillet 2009, j'ai eu le plaisir d'assister au vernissage, en compagnie de la poète Marie-Noëlle Agniau.
Le "Tout Limoges" était au rendez-vous, pour visiter la belle exposition scénographiée par Jean-Michel Ponty: une allée tendue de rouge ponctuée des oeuvres de celle que les Français apprirent vraiment à connaître lorsqu'elle fut incarnée par Isabelle Adjani au cinéma, des bas-côtés habités par celles des artistes contemporaines. C'est Alain Rodet, député-maire (P.S.), et Monique Boulestin, sa 1ère adjointe, elle-même députée (P.S.), qui accueillaient les visiteurs - et c'est cette dernière qui fit un discours chaleureux et sobre pour présenter l'exposition. En me promenant ici, en me souvenant des belles choses que j'y ai vues les années précédentes (en particulier en 2002 des peintures de guérison des Indiens Navajos), je me suis demandé pourquoi cette merveilleuse salle voûtée de briques n'était pas plus souvent utilisée.
Cueco, sorti de son Dialogue avec mon jardinier, accompagne son épouse Marinette...
Dans le très beau catalogue, Evelyne Artaud, commissaire délégué de l'exposition, propose un beau texte intitulé "En porte-à-faux", où elle explique en partie l'oeuvre novatrice et la vie de Camille Claudel à partir de "L'implorante" (1898): "... geste de douleur portant son corps d'ici à là, en ce déséquilibre, en cet écart, en ce déplacement du corps porté par un espace qui ne la soutient qu'à peine..." Tout est dit, n'est-ce pas?
Une visiteuse près du "Collier pour une certaine Alice", de Christine O'Loughlin
Il est tout à fait pertinent et émouvant de réserver cette exposition à la "Sculpture au féminin", de Camille Claudel à aujourd'hui. Sait-on qu'à 17 ans, elle ne put s'inscrire à l'Ecole des Beaux-Arts, celle-ci étant interdite aux femmes? Sait-on qu'en 1892, au plus fort de sa passion avec Rodin, elle dut subir un avortement? Se souvient-on du déclin auto-destructif vers l'isolement (mais où était donc Paul?) et la "folie"? De l'abandon progressif par les siens? De sa mort au coeur de la guerre, à l'asile, en 1943? Il y a de la mélancolie à revoir ses sculptures à la lumière de sa vie: "Le Dieu envolé" (1894), par exemple, une autre imploration ô combien touchante: cette femme nue, agenouillée, bras levés où s'accroche la longue chevelure, mais déjà refermant les mains sur le vide, parce que l'espoir ne sera pas satisfait...
Détail d' "Oblique", d'Isa Barbier, une oeuvre inspirante et impressionnante de légèreté
9 artistes contemporaines, donc, pour accompagner Camille: Isa Barbier, Marinette Cueco, Françoise Pétrovitch, Françoise Vergier, Christine O'Loughlin, Niki de Saint-Phalle, Louise Bourgeois, Germaine Richier et Marta Pan. Toutes, heureusement, n'ont pas disparu! Et si leur talent à toutes est incontestable, souvent puissant, certaines des oeuvres me touchent plus que d'autres. Est-ce parce que son travail rejoint mes propres préoccupations littéraires et artistiques que j'aime tant Isa Barbier? Elle propose ici une suspension magique de plumes de goélands, qui remporte un invraisemblable pari: dire ce qu'est la légèreté mais en même temps l'essentiel. Traces d'oiseaux, poésie immense. Isa Barbier cherche le juste à travers les choses de la nature qu'elle collecte: plumes, feuilles, pétales... et le catalogue propose un extrait (trop court) de son Journal, qui est comme une ébauche de poème: "allonger la traîne/la robe valse à notre passage..."
Marinette Cueco, détail de l'installation.
J'aime aussi beaucoup le travail de Marinette Cueco, cette installation avec des entrelacs et pierres captives, son sable de Fontainebleau et ses galets de marbre blanc. Je partage, avec le critique et philosophe Gilbert Pons, cette passion inspirante du galet (j'aime particulièrement collecter celui de la grande plage de Gâvres, dans le Morbihan). Je partage l'enthousiasme de Pierre Bergounioux, lorsqu'il écrit que cette artiste "pratique littéralement l'art de la métaphore. Elle transporte ailleurs..." En me faisant le plaisir de m'accompagner à travers l'exposition, Monique Boulestin me fait remarquer combien nous sommes ici avec des femmes, combien la féminité est présente, y compris avec les ventres de Françoise Vergier. Et je me prends à songer que la galerie de brique des Hospices, qui rattache Limoges, par son architecture, à Cahors, Montauban ou Toulouse, est bien comme un ventre chaud et maternel. Celui d'une déesse mère comme en honorèrent nos ancêtres mésopotamiens... Un ventre d'où sortent l'homme et l'art. Oui, on peut toujours rêver... L'oeuvre de l'australienne Christine O'Loughlin, ces 40 boules en terre cuite, qui suggère qu'Alice a perdu son collier (ou que celui-ci l'attend), nous y invite fortement. D'ailleurs, peut-être sommes-nous ici (sans doute) au Pays des Merveilles.

























