dimanche 30 août 2009
Journal du Pays Basque de Laurent Bourdelas (été 2009)
22 ans après, me voici de retour à Saint-Pée-sur-Nivelle, dans une maison au pied de la Rhune. Le village est toujours aussi beau, mais il a gagné en population et en fréquentation touristique! Lorsque j'y venais, l'été précédant mes 15 ans, c'était à vélo depuis Hendaye, à l'occasion des camps de l'AVISO, basé sur les Exercices spirituels de St Ignace de Loyola... Nous garions nos bicyclettes contre le mur de la pâtisserie, en face du fronton... J'échange ces souvenirs avec la descendante de la propriétaire d'alors, qui me dit avoir revu des "anciens" passer par là comme moi...
C'est à Gantchiki Harotcha, adolescent de Saint-Pée-sur-Nivelle, qu'est attribuée, vers 1857-1858, l'idée de fixer au poignet de petits paniers ovales en lattes de châtaignier, qui devaient donner naissance au chistera... Bien entendu, je me suis essayé à ce sport difficile mais captivant, chaque matin, avec mon fils de presque 7 ans.
Je ne suis pas certains que nous soyons aussi doués que le Ramuntcho de Pierre Loti, que je lis pour la première fois avec beaucoup de plaisir (quelle beauté lyrique du texte!) pendant ce séjour, mais il est agréable de faire plus intimement connaissance avec un pays par ses sports.
Comme toujours, ma première visite est pour l'église du village, étape sur la route de Compostelle, où j'admire de très anciennes dalles dont l'une date de 1507. Le retable principal, dédié à Saint Pierre, reste un classique du XVIIIème siècle.
La benoîte - andere serora - était la gardienne de l'église et du cimetière dans les paroisses du Pays Basque. Ici comme dans de nombreuses autres églises, on trouve des pierres tombales de benoîtes... La benoîte a la garde des clefs de l'église, et a en charge le nettoyage du sanctuaire, et l'entretien des linges sacrés et des autels ainsi que des ornements sacerdotaux. Elle sonne également les cloches pour les offices, mais également pour éloigner les orages et la grêle. Elle a la tête et les épaules recouvertes d'un capulet, et à sa taille pend un chapelet. On lui demande des prières, et elle distribue le pain béni, aux côtés du curé, lors de la communion. Elle accueille le cortège du mariage à l'église et porte sur un plateau les alliances qu'elle présente aux futurs époux. Lors d'un décès, elle sonne le glas, remet la croix au premier voisin de la maison du mort. La benoîte est le plus souvent une jeune fille, de plus de trente ans généralement, ou une veuve, très rarement une femme mariée. Elle s'engage par contrat à servir l'Église pour le reste de sa vie, moyennant un logement, des redevances en nature (blé, maïs, pain), et des rétributions lors des cérémonies religieuses (baptêmes, mariages, enterrements). Son agrément par les habitants passe par la remise d'une dot à la paroisse, souvent d'un montant élevé, la charge étant parfois mise aux enchères. Son choix doit être ratifié par l'évêque. Elle bénéficie d'une petite maison et d'un jardin près de l'église.
A Hendaye Plage, je découvre la belle librairie Ulysse, consacrée aux voyages et dirigée par Catherine Domain, qui est ici le temps de la période estivale, et le reste de l'année 26 rue Saint Louis en L'Ile à Paris... Elle dispose d'un beau stock de livres anciens où je déniche le 1er livre de Louis Guibert consacré aux Tours de Châlucet. C'est ici aussi que j'achète le beau Ramuntcho de Loti publié par Aubéron. Je découvre encore ici un exemplaire de mon recueil La Calobra! Mais le courant ne passe pas spécialement avec la libraire, qui ne souhaite pas que la poussette de mon fils dépasse son tapis de seuil, sans doute pour ne pas abimer son beau parquet...
(Les deux Jumeaux, Hendaye Plage)
Découvrir Ascain est un véritable plaisir, d'autant plus que la ville est, ce jour-là, animée par des musiciens traditionnels. Jeunes et vieux reprennent ensemble les refrains des chansons basques, ce qui me fait songer à ce que je connais en Bretagne. Il y a d'ailleurs beaucoup de points communs entre ces deux régions atlantiques, fières de leurs cultures respectives. Le fronton de la place est celui où jouait à la pelote Jean-Pierre Borda, dit Otharré, qui initia Loti à la contrebande et lui servit de modèle pour le personnage d'Arrochkoa. D'ailleurs, la majeure partie du roman fut écrite au deuxième étage de l'hôtel de la Rhune.
Malheureusement, l'église était fermée, son retable et ses pierres tombales...
Espélette et ses inévitables piments sécéhs sur les façades, village charmant envahi par les touristes l'été, ancien domaine des barons Ezpeleta. Le piment abonde dans la délicieuse gastronomie basque - il en existe d'ailleurs 80 sortes. Après le village des piments, direction: Sare.
Le fronton où se déroulèrent de grandes parties, par exemple avec le grand Chiquito, à qui le roi Edouard VII remit en 1900 un chistera...
Sur le clocher, en basque: "Toutes les heures blessent, la dernière envoie au tombeau."
Une église où l'on admire à la fois les peintures de la chaire (17ème ou 18ème), ainsi qu'un magnifique Christ médiéval...
Il y a encore les tribunes, avec leurs clous à béret, où montaient les hommes pour entendre la messe. Pierre Loti écrit de forts belles scènes à ce sujet, Sare ayant servi de modèle à Etchezar dans Ramuntcho.
A Etxear, au Pays Basque espagnol, méditation dans une magnifique église baroque.
Et puis voici Biarritz la bourgeoise, sa grande plage, l'hôtel du palais, les casinos et les villas... les souvenirs d'Eugénie et de l'empereur, le phare, l'église orthodoxe St-Alexandre-Nievski...
Et voici le fameux Rocher de la Vierge, avec sa statue installée en 1865... Je n'y étais pas venue depuis 1968.
Ma mère, Françoise, en 1968, à ce même rocher battu par l'océan...
Ainho est une superbe "bastide-rue" (et relais commercial sur la route Bayonne-Pampelune) du 13ème siècle reconstruite au 17ème, avec un parcellaire systématique en lanières: maisons très profondes séparées par des andrones, jardin à l'arrière des maisons, champs régulièrement répartis autour du village, église au nord. Cette église (ci-dessus) est très belle, qui servit de sanctuaire et de refuge (dans le cimetière, quelques belles croix discoïdales).
Le col d'Otxondo, col pyrénéen de 632 m, situé en Navarre espagnole, entre Dantxaria (Dancharinea en espagnol) et Elizondo, relie la vallée du Baztan (nom du cours supérieur de la Bidassoa) à la France... Venant d'Hendaye, je l'avais monté à vélo en 1977 et en conservais un très bon souvenir...
Le col d'Ispéguy ou port d'Ispegi est un col pyrénéen d'une altitude de 672 m. Situé sur la frontière franco-espagnole, entre Saint-Étienne-de-Baïgorry et Errazu, il relie la vallée du Baztan (nom du cours supérieur de la Bidassoa) en Navarre à la vallée des Aldudes (Basse-Navarre).
La Bastide-Clairence est très belle... Elle fut fondée en 1312, sur la rive droite de la Joyeuse. Les maisons sont très belles, mais ce qui y est particulièrement émouvant, c'est le cimetière juif du 17ème - 18ème siècle... et l'église Notre-Dame, où les cloîtres latéraux servent de cimetière. Parmi ceux qui reposent ici, on retrouve souvent le prénom Gracieuse, que Pierre Loti donna à l'héroïne de Ramuntcho.
Promenade agréable à Saint-Jean-de-Luz, le port, le front de mer, la plage, la place Louis XIV, l'église Saint-Jean-Baptiste où se marièrent Louis XIV et l'infante Marie-Thérèse.
(La corniche d'Hendaye)
Nul doute que retrouver le Pays Basque m'a touché, ému. Redécouvrir ses paysages, sa culture, sa gastronomie. Entendre chanter sa langue... Aimer ce pays si proche et si différent de la Bretagne. Nul doute que j'y reviendrai. Nul doute qu'il m'inspirera.
samedi 15 août 2009
La fête des filets bleus à Concarneau
A Concarneau, du 15 au 16 août 2009, se déroulera le Festival des filets bleus. Déploiement de velours, noblesse des draps et autres étoffes, crissement de satin, légèreté des dentelles, éclat des perles et des broderies, la Bretagne sortira ses plus beaux atours. Sonnez binious et bombardes, roulez tambours, les Filets bleus sont de retour !
Dans les cercles celtiques de toute la Bretagne, tandis que les bagadoù répètent, danseuses et danseurs sortent, qui leurs coiffes et dentelles les plus fines, qui leurs chapeaux et costumes les plus élégants : on se prépare pour la 104e édition de la plus ancienne des fêtes bretonnes.
Sonnez binious et bombardes, roulez tambours, les Filets Bleus sont de retour ! Certes, la traditionnelle fête concarnoise a quelque peu changé, depuis 1905, année de sa création. Et un des points les plus remarquables de cette évolution est sans doute l’ouverture vers d’autres horizons culturels celtiques.
Chaque année, l’été concarnois trouve son apothéose avec le Festival des Filets Bleus : des spectacles, des animations sportives (Jeux bretons, démonstration et concours de lutte bretonne), des animations culturelles, des bagadoù et des cercles celtiques, des musiciens traditionnels de Bretagne, des concerts d'artistes celtiques, des créations celtiques bretonnes, des chants de marins, des découvertes de jeunes et futurs talents bretons...
vendredi 14 août 2009
Un dernier adieu à Thérèse Menot...
Voilà... une infatigable témoin de l’horreur nazie et pétainiste, militante des droits des femmes et contre les résurgences du fascisme[1], nous a quitté, laissant un immense vide. En 2006, nous lui avions rendu hommage au Collège Guy de Maupassant de Limoges, sous la direction de M. Degandt, principal, en donnant son nom (ainsi que celui de Lucien Berdasé) à notre salle de concertation. A cette occasion, qui unissait à la fois personnalités, enseignants, élèves, je lui avais dit toute mon admiration, à la fois pour ce qu’elle avait enduré et pour le témoignage qu’elle n’avait cessé de délivrer inlassablement aux élèves du secondaire (il faut réfléchir, c’est en cours, au meilleur moyen de transmettre cette mémoire, sans « fioritures » littéraires – le mieux étant certainement, en dehors du travail des historiens, la transmission par la video comme celle réalisée au sujet de Thérèse par Tessa Racine). Et puis « Titi » avait connu, en rentrant, mon tout jeune (futur) père Jean-Marie rue du Pont Saint-Martial à Limoges... son action m’était donc familière depuis longtemps. Lors de cet hommage, je lui avais offert un ballon de basket, car Thérèse Menot, avait repris vie en créant en 1948 l’équipe de basket féminine de l’Arsenal, « ...un ballon qui est comme la fraternité, parce qu’on se le passe de mains en mains, qui est aussi comme le symbole de la résistance: il faut garder l’initiative, être combatif contre ceux qui veulent vous intercepter, et aller jusqu’à son but. » J’espère qu’un petit ballon l’accompagne là où elle est désormais.
Laurent Bourdelas, professeur d’histoire et écrivain.
Saint-Pée-sur-Nivelle, 14 août 2009.
[1] Thérèse m’avait confié recevoir parfois des coups de téléphone malveillants, sans doute liés à son oeuvre de mémoire...
mardi 4 août 2009
Un petit mot de Lavaur...
Le poète, illustrateur et animateur de la revue Traces m'envoie un mot gentil pour me remercier d'avoir parlé de lui dans mon Abécédaire de la littérature du Limousin (rubrique Oiseleurs).
dimanche 2 août 2009
Jean L'Anselme père putatif de "Paris plage"
moi dit la Seine je voudrais être la mer
pour avoir des enfants qui jouent avec le sable.
Jean L’Anselme, in Il fera beau demain,
éd. Imprimerie des poètes, 1952.
La CONfrérie Jean L’Anselme
a l’honneur & le plaisir de vous inviter
mardi 4 août 2009, 18h00
- 220e anniversaire de l’Abolition des privilèges -
sur le Pont des Arts Paris 1er
(côté Louvre - M° Pont Neuf).
En présence du Roi des Cons, 1er CONcerné,
nous rendrons à Jean ce qui appartient à L’Anselme :
la paternité de Paris Plages
qu’il inventa en 1952 dans le poème cité ci-dessus
& procèderons à la pose symbolique
d’une plaque commémorative de l’évènement.
Seau, pelle, râteau, palmes peu académiques &/ou filet à crevettes à la main,
(afin de se reconnaître dans la foule des touristes & des badauds)
chacun sera invité à dire le texte de Jean L’Anselme de son choix.
N’hésitez pas à passer le mot à vos ami(e)s,
proches, voisin(e)s, cousin(e)s, etc.
Pour tout renseignement :
CONfrérie Jean L’Anselme
22 rue de la Libération F.- 14950 Beaumont-en-Auge
06 32 44 06 26
confreriejeanlanselme@yahoo.fr
Un véritable adieu au n°1 de L'Indicible frontière
En 2001 paraissait le 1er n° de ma revue littéraire L'Indicible frontière, avec un beau sommaire, sur le thème "Prendre langue". Très vite, ce n°1 connut le succès, du Matricule des Anges à France Culture... J'y publiais un texte érotique intitulé "L, La Langue initiale". Ce numéro inaugural fut vite épuisé, typographié sur un magnifique papier italien (en revanche, on peut encore commander quelques exemplaires des numéros suivants). L'autre jour, j'en ai retrouvé un ultime exemplaire... et, peu après, un amateur qui avait entendu mon texte lu sur France Culture a pris contact avec moi pour me le commander! Je le mets aujourd'hui sous enveloppe... C'est un véritable collector que je dédicace avec plaisir à ce lecteur.
samedi 1 août 2009
Concours de chiens à Montigny-Lengrain en 1913
A Montigny-Lengrain, dans l'Aisne, où j'allais visiter mes arrières-grands-parents dans les années 1960, un concours de beauté canine fut organisé en 1913. On voit sur ces photographies les juges et quelques beaux specimens de participants. Il y a comme une mélancolie à contempler ces vieux clichés, d'autant plus que la région allait devenir, quelques mois plus tard, un immense et meurtrier champ de bataille, et que cette terre photographiée se mouillerait bientôt en abondance du sang des soldats...





































































































