mercredi 14 mai 2008
Bernat Combi et Olivier Peirat à Bellac le 23 mai avec Laurent Bourdelas
J'ai de la chance! Le vendredi 23 mai, à 18h30, Bernat Combi et Olivier Peirat vont m'accompagner lorsque je lirai des extraits de mon livre "Les Chroniques d'Aubos" (2006) à l'OTSI de Bellac (entrée libre). J'espère que le public sera au rendez-vous!
Voilà ce que j'écrivais cet hiver après leur passage à Expression 7 (Limoges):
Granit blues Eschantits de Combi et Peirat à Expression 7 (Limoges) : deux heures d’intense plaisir Que grâces soient rendues à l’Institut d’Etudes Occitanes du Limousin, qui coproduit ce spectacle, à Max Eyrolle qui l’accueille dans son théâtre, et aux mémés qui ont nourri l’imaginaire des artistes, de nous avoir permis d’assister à ce spectacle qui s’est transformé en un intense moment de plaisir à tel point que l’on ne voulait plus qu’il s’arrête ! J’aimais déjà le travail de Combi et de Peirat avant cette soirée du 30 décembre 2007, et j’écoute souvent cet album, Eschantits, que je vous recommande d’acquérir au plus vite ; je passe toujours en boucle leur version d’Escotas, très beau poème du grand poète limousin Paul-Louis Grenier à propos du temps qui passe[1], découverte en illustration de Lucette Boyer pure Aubrac, texte et mise en scène de Max Eyrolle. Mais là, j’ai compris ce que signifiait l’expression « spectacle vivant » ! J’ai retrouvé (enfin) une culture limousine vivante car servie par une énergie folle et ouverte aux grands vents des influences extérieures sans en être dénaturée mais, au contraire, enrichie. Un peu comme Alan Stivell ou Denez Prigent et bien d’autres l’ont fait depuis les années 70 en Bretagne. Combi sur scène, c’est du brut, du rock, du blues ! De l’occitan et de l’onomatopée ! Du granitique qui emporte le spectateur vers d’autres univers, si agréablement éloignés des conformismes actuels et de la soupe servie par les radios et télévisions. C’est une puissance poétique et musicale incontestable, qui fait parfois songer à Bernard Lubat ou même à des bluesmen africains comme Momo Wandel Soumah ; quant à Peirat, héritier des troubadours, c’est un virtuose modeste qui nous emporte magiquement dans des univers oscillant entre traditionnels limousin, oriental et africains, toutefois teintés de moments jazzy ou même electro. Percussions diverses, petit accordéon, claviers, vielle, luth, harmonium indien, tous instruments beaux à contempler et participant du spectacle, sont utilisés par les deux artistes au maximum de leurs possibilités musicales et sonores et emportent aux confins des mondes connus. Le rêve est là et peuvent alors venir les signes, ceux qu’avait déjà vus Paul-Louis Grenier : « Dehors le firmament fait des signes (…) Les livres, ouverts comme un remords/dans une âme de pierre,/sont blottis sous une poussière/où s’est promené le doigt du Destin. » Des signes si forts que leur lyrisme habite tout entier Combi qui les chante et les fait vivre. Retour au merveilleux, au séculaire, à notre civilisation. Celle-ci demeurée vivante aussi grâce à un autre écrivain-poète-conteur-musicien qui a incontestablement marqué Combi de son influence : Jan dau Melhau, dans les œuvres desquelles le chanteur-comédien puise en abondance pour nourrir le spectacle ; se déversent alors dans la salle les poèmes, les histoires, les gnorles qui, tout à la fois, amusent et font réfléchir dans leur fulgurance. Mais, s’il vous plait, Combi, arrêtez de dire qu’il n’y a que deux poètes limousins (et en Limousin), les gens non avertis pourraient le croire et Delpastre se retourner dans sa tombe ! Le temps est suspendu à quelques beaux accords, à des gestes, des pas de danse esquissés, à une corne collée contre un front, à une voix dont les inflexions semblent infinies, à des histoires de puce et de pou, des chansons de tronçonneuses dangereuses, au mariage d’un coucou et d’une hirondelle, à la vie de pauvres drôles, à une langue de paysans jamais vraiment convertis au christianisme, entre travail de la terre et volonté de gober la lune… Et justement, je repense à une saillie de Jan dau Melhau, dans ses Obras completas (qui ne l’étaient pas vraiment lorsqu’elles parurent en 1994 !) : « Ce que nous ne saurons jamais : lorsque tremble la terre, si c’est de froid, de peur ou de rire ? » - Combi et Peirat, ils sont bien capables de la faire trembler des trois, et nous avec ! [1] Obra poetica occitana, Edicions dau Chamin de Sent Jaume, 2001.
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