Le blog/work in progress de l'écrivain Laurent Bourdelas

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10 mai 2008

Un extrait du dernier recueil de Laurent Bourdelas (Encres vives n°353)

Où l’océan devient piscine et chant d’oiseaux

à Malo

            Ce sont, paraît-il, des remparts d’Outre-Tombe, où le vent s’engouffre même en été. D’un côté, la grisaille d’immeubles reconstruits, de l’autre les grands larges pour voiliers de corsaires. Du bleu ! Du bleu ! Des crépuscules brûlants, mouillés, indéchiffrables. Une ville enclose, de flux et de reflux. Une île habitée au bout du monde, battue par toutes les eaux, toutes les pluies. Une ville de souvenirs et d’alcools forts. Des pavés et des murs contre lesquels on assassine, contre lesquels on jouit, contre lesquels on pisse.

            C’est la cité du moine navigateur, celui qui partit sur les mers du Grand Nord à la recherche des Îles Fortunées, sans jamais les trouver. Les vieilles chroniques le montrent debout à la proue des bateaux, la barbe et les sourcils gelés, le visage blanc, scrutant les brumes argentées à s’en délaver le regard. Il ne les vit pas, elles étaient plus au sud, il ne le sut jamais ; elles furent nommées par Juba, le roi de Mauritanie : Canaria, l’île aux chiens errants, Capraria où des lézards semblaient autant de rayons de soleil, Ombrios, dont la délicieuse piscine accueillait le nageur au milieu des montagnes, Nivaria, couronnée de neiges éternelles... Machlow ne vit pas les iles, mais il traversa le bras de mer pour évangéliser les peuplades du rocher de Calnach et des environs. Il y établit face aux vents son monastère de bois, son cloître de roses et de prière. Il y mourut, on l’enterra dans la terre du rocher qui blanchit ses os, lavant et polissant son crâne saint.

            Que dit la légende ?

            La légende dit : où fut enterré le saint furent les fondations de la cathédrale.

(Odeurs de sainteté : en descendant la nef, j’ai perçu le parfum de fleurs oubliées depuis l’aube du temps).

            Temps vieux de Bretagne : où fut la cathédrale furent les marins ; le 16 mai 1535, agenouillés, Jacques Cartier et ses hommes reçurent la bénédiction de l’évêque avant leur embarquement pour le Canada. Ar vag na sent ket ouzh ar stur, ouzh ar garreg a ray sur : le bateau qui n’obéit pas au gouvernail le fera sûrement au rocher. Temps vieux de Bretagne : chant des hommes et chants des oiseaux, bombardes, binious et tambours, claquements de sabots sur les pavés de Saint-Malo.

            Tu es aussi de ce granit, mon fils. De la tour Solidor, de la tour Quic-en-Groigne et du château. Roc parmi les rocs. Pierre dure, silex infini. Dur d’une lignée dure. Dur et d’or. Sable sans fin, creux de coquillage, larme d’ambre. Tu es mon fils, le fils des fils de ces pays durs. Malo, le souvenir de Saint-Malo. Et Jean, et Gabriel. L’Evangéliste et le messager de Dieu. Tu es le fils des fils, le pur et le fort. Tu es celui qui est. Le reflet du ciel dans la flaque d’eau salée. Une image de paradis où nagent des poissons minuscules. Malo, le tumulte lointain des courses lointaines. Jean, le disciple aimé qui court au tombeau vide. Gabriel, qui annonce les naissances impossibles et dicte les livres sacrés. Tu es aussi de ce granit, mon fils. Je te nomme et tu es. Tu es le Verbe et la Vie, la rose et le sang, le vent et la pierre, la liturgie recommencée, une parole d’Hébreux et d’Arabes. Rocs parmi les rocs. Le ruisseau au désert.

            Sur l’une des plages de Saint-Malo, une piscine d’eau de mer capte encore les paroles d’un écrivain ; un enfant s’est jeté du plongeoir : il s’est envolé.

            Laurent Bourdelas. 

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On the road

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"Qu'a dit le Sage?

Il faut beaucoup pleurer pour tisser des fils d'argent

des fils d'or jusqu'aux rivages du Liban..."

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Nous voici en mer!

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Le regard de Pierre Bergounioux sur "La Calobra" de Laurent Bourdelas

"Il faut être Limousin pour sentir l'Espagne comme vous le faites, la sécheresse, l'aveuglante lumière, les fruits merveilleux, la mer. La loi de l'opposition et du contraste, qui est le sens même, a mis en regard le granit gris et la pénombre des taillis de châtaigniers, les plantes amères, les sources froides. C'est de là que sort La Calobra. Il est beau, touchant, qu'elle s'achève sur les mots d'un père à son fils..."

Le 8 mai 2007

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Posté par Lesquelen à 10:50 - culture et littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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